
Chers parents,
Ce n’est pas parce que c’est le père Noël qui le dit mais cette phrase m’horripile au plus haut point. Ce qui se joue – et qui me dérange, c’est ce que la question sous-entend : je mérite ou non d’avoir des cadeaux à Noël, selon mon degré de sagesse. Comme s’il s’agissait d’une récompense, d’une carotte promise aux enfants qui sont sages…
La bonne question à se poser serait plutôt de savoir pourquoi ils sont sages. Obéissent-ils par peur de se faire gronder ? Pour avoir la paix ? Ou pour avoir des cadeaux sous le sapin ? On espérerait plutôt qu’ils sont sages par respect, par politesse ou parce qu’ils sont d’accord avec nous… L’intention est finalement ce qu’il y a de plus important : quel est le moteur de la sagesse ? Quelle est la motivation de nos enfants à être sage ? Et surtout de quelle sagesse parlons-nous ?
« La sagesse, ce n’est pas un état, c’est un acte. »
André Comte-Sponville.
Des enfants sages : on en rêve tous non ?
« Soyez sages ! » – Les parents à leurs enfants quand ils les déposent chez leurs grands-parents
« Ont-ils été sages ? » – Les parents à la nounou en rentrant le soir
« Qu’est-ce qu’il est bien élevé ! » (ndlr : qu’est-ce qu’il est sage et obéissant !) – Un grand-parent admiratif de son petit-enfant
Que celui ou celle qui n’a jamais prononcé ou entendu l’une de ces phrases lève la main !
Avoir un enfant sage… C’est parfois bien pratique avouons-le : n’est-on pas fier lorsque nos enfants disent bonjour poliment au médecin en rentrant dans son cabinet ? N’est-on pas soulagé de ne pas être le parent convoqué par la maîtresse de notre fils dès le 12 septembre ? Et quand vous avez réussi à éviter les regards désapprobateurs de vos voisins dans le train, que ressentez-vous ?
Bref, tout le monde nous souhaite d’avoir des enfants sages, je dirais même plus nous impose – sous peine de vous juger très durement, d’avoir des enfants sages. Plus qu’une injonction, il s’agit d’une condition sociétale. Et même le Père Noël est dans la combine ! Diane Segard le joue d’ailleurs avec beaucoup d’humour dans son sketch de l’appel au père Noël.
Des enfants sages OK mais sages comment ?
Comme des images ? En ateliers philo, beaucoup d’enfants décrivent très précisément cette idée :
– « Être sage c’est quand on ne fait pas de bruit, et qu’on ne bouge pas.
– Est-ce facile d’être sage dans ces conditions ? »
La réponse est unanime : non bien sûr… Cette sagesse-là est contraignante, loin d’être amusante et vidée de tous sens vous ne trouvez pas ?
Comme un enfant qui obéit ? Obéir fait aussi partie des réponses des enfants :
– « C’est important d’obéir.
– Pourquoi c’est important ?
– Parce que sinon la maîtresse elle s’énerve
– Pourquoi elle s’énerve ?
– Parce que quand il y a trop de bruit dans la classe, elle ne peut plus nous expliquer les choses. – Et puis quand on obéit, ça nous permet d’apprendre. »
Plus on creuse l’idée initiale et plus ils perçoivent qu’obéir ou être sage peut avoir un intérêt.
Comme un enfant qui respecte les autres ? Rester calme pour respecter ce qui a été demandé. Être sage pour écouter sans couper la parole. Savoir dire merci. À ce stade de l’atelier, les enfants arrivent à percevoir qu’être sage est aussi une attitude, une manière d’agir avec les autres.
Comme un enfant raisonnable ? Plus nos enfants grandissent, plus ils deviennent autonomes et responsables. Et c’est à ce moment-là que la sagesse prend une tout autre dimension : quand la sagesse devient raison. Être raisonnable c’est être digne de la confiance que l’on nous a donnée, c’est agir de manière réfléchie, c’est savoir adapter son attitude à la situation, c’est prendre une décision qui n’est pas forcément la plus facile à prendre mais qui est bonne pour nous.
Je vous souhaite une semaine pleine de sagesse (gros challenge quand il y a la liste des cadeaux de Noël sur sa to do 😉 !
Amélie



