
Chers parents,
Parler, c’est facile et la plupart du temps on aime ça ! Écouter cependant relève d’une compétence beaucoup plus complexe, je vous explique.
« Parler est un besoin, écouter est un art. »
Goethe.
Ce qui nous empêche d’écouter
La difficulté que nous rencontrons quasiment tous, quand quelqu’un nous parle, nous expose une idée, une situation, un problème c’est que nous avons une envie quasi irrésistible de l’interrompre… pour parler de notre expérience, expliquer ou encore donner un conseil ou son avis.
Et c’est à ce moment-là que nous sortons de l’écoute.
Aussi louable que soit notre intention, en sortant de l’écoute, c’est-à-dire en interrompant notre interlocuteur, nous l’empêchons de s’exprimer, de prendre une décision ou de régler son problème grâce à notre écoute.
Thomas Gordon, psychologue clinicien dans les années 60 a identifié ce qu’il a appelé les 12 freins à la communication. Et devinez quoi, il s’agit de réactions très fréquentes chez nous les parents 😉 Vous vous reconnaîtrez certainement dans les exemples de cette liste :
Donner des ordres, des instructions, commander
« Arrête de te plaindre. » « Va jouer dans ta chambre »
Avertir, mettre en garde, menacer
« Si tu fais ça, tu vas le regretter ». « Si tu continues, j’appelle ton père ! »
Exhorter, sermonner, faire la morale
« La patience est une vertu que tu devrais apprendre ». « Tu ne devrais pas te comporter ainsi »
Conseiller, fournir des suggestions ou des solutions
« Moi à ta place, j’irai… » « Pourquoi n’essayes-tu pas d’en parler à tes professeurs ? »
Donner des leçons, persuader par la logique, argumenter
« ÀÀ ton âge, je faisais deux fois plus de choses que toi ». « Les enfants doivent apprendre à s’entendre »
Juger, critiquer, désapprouver, blâmer
« Tu n’as pas réfléchi avant d’agir ». « Ton comportement est très immature ».
Complimenter, approuver
« C’est bien ce que tu fais ». « Tu as les capacités pour avoir de bons résultats. » . Cela peut paraître étrange mais le compliment est une forme d’évaluation de l’enfant et indique des exigences parentales très fortes.
Humilier, ridiculiser, coller des étiquettes
« Mais oui, Monsieur-je-sais-tout. » « Tu es pourri gâté. »
Interpréter, diagnostiquer, psychanalyser
« Ton erreur à toi, c’est… ». « Tu es simplement fatigué. »
Rassurer, compatir, consoler, épauler
« Ne t’inquiète pas, ça va aller. » « Demain tu verras les choses autrement. ». Ici aussi l’effet peut être pervers, l’enfant peut ne pas se sentir compris.
Enquêter, questionner, interroger
« Quand as-tu commencé à ressentir cela ? ». « Qui t’a parlé de ça ?
Se mettre en retrait, faire de l’humour, faire diversion
« Bon, on va prendre un goûter ? ». « Essaie de ne plus y penser »
À noter : certaines de ces attitudes sont des obstacles uniquement quand l’enfant a un problème.
Écouter : OUI, mais quand et comment
Je me souviens d’une maman que j’accompagnais qui 15 jours après un atelier dédié à l’écoute est revenue me voir en me disant « Je n’en peux plus d’écouter mes enfants, je suis épuisée ».
Jusqu’à maintenant, nous avons abordé le sujet de l’écoute du point de vue de l’enfant, celui que nous écoutons, afin de remplir ses besoins, mais ne nous oublions pas pour autant. Attention à ne pas tomber dans l’excès comme cette maman que je cite plus haut. Nous ne pouvons pas être disponible à nos enfants 24h sur 24. C’est techniquement impossible et je pense que nous n’envoyons pas un message positif à notre enfant quand il nous voit nous épuiser à la tâche…
Alors comment savoir quand notre enfant a besoin d’être écouté ?(Évidemment cela peut arriver qu’il l’exprime clairement 😉 mais ce n’est malheureusement pas la plupart du temps). Observez-le et surtout faites-vous confiance. Avez-vous noté un changement récent dans son comportement ? Votre enfant est plus en retrait ou au contraire plus excité ? Quelque chose vous met la puce à l’oreille, mais vous ne savez pas quoi ? Ce sont peut-être les premiers signaux d’un besoin d’écoute.
Et comment faire pour éviter de sortir de l’écoute ? Je vous propose quelques conditions préalables :
Se rendre disponible : écouter prend du temps, éviter de la faire entre deux portes ou 10 minutes avant de partir à un rdv.
Privilégier un lieu et un moment propice à l’écoute pour vous et votre enfant
Être dans une attitude d’accueil avec empathie (c’était le sujet de la précédente newsletter).
Se centrer sur l’autre, le rejoindre : montrer à son enfant qu’on l’écoute par le langage non verbal.
Couper sa radio mentale pour être véritablement avec votre enfant et non en train de penser à tout ce que vous n’avez pas encore fait dans votre to do.
Mon petit doigt me dit que vous avez eu assez de théorie pour aujourd’hui… Le mieux est de laisser place à la pratique. N’hésitez pas à me faire part de vos expériences d’écoute à venir !
Bonne semaine et bonne écoute !
Amélie




2 réponses
Cette Newsletter est à la fois concise et très claire, pratique et pleine d’astuces.
Ce sont des rappels utiles et revivifiants même à ceux qui connaissent les concepts. Merci beaucoup.
Merci Laurence pour ton retour. Ravie d’avoir de tes nouvelles par ce biais.